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GROW : conduire un entretien de coaching qui fait avancer

Le modèle GROW est une trame d'entretien de coaching en quatre étapes : Goal (l'objectif visé), Reality (la réalité actuelle), Options (les pistes possibles), Will (la volonté d'agir et le premier pas). Popularisé par Sir John Whitmore dans « Coaching for Performance » (1992), il aide un manager à faire progresser un collaborateur par le questionnement plutôt que par le conseil.

Comment ça marche, étape par étape

1. Goal — clarifier ce que la personne veut atteindre

L'entretien commence par l'objectif, pas par le problème : « Qu'est-ce que vous voulez obtenir ? À quoi verrez-vous que c'est réussi ? » On distingue l'objectif de la session (ce qu'on veut avoir clarifié en sortant) de l'objectif de fond. Un objectif formulé par la personne elle-même engage bien plus qu'un objectif assigné.

2. Reality — explorer la situation actuelle sans juger

Des questions factuelles et ouvertes : « Que se passe-t-il concrètement ? Qu'avez-vous déjà essayé ? Qu'est-ce qui a fonctionné, même partiellement ? » Cette exploration honnête fait souvent émerger la solution d'elle-même — beaucoup de blocages tiennent à une lecture incomplète de la situation, pas à un manque d'idées.

3. Options — ouvrir l'éventail des possibles

On cherche la quantité avant la qualité : « Que pourriez-vous faire ? Quoi d'autre ? Et si l'obstacle n'existait pas ? » Le manager résiste à la tentation de donner SA solution — il peut en proposer une en dernier, comme option parmi d'autres, jamais comme la réponse attendue. Le tri viendra après l'ouverture.

4. Will — transformer l'intention en engagement

L'entretien se conclut sur du concret : « Que décidez-vous de faire ? Quand ? De quoi avez-vous besoin ? Sur une échelle de 1 à 10, quelle est votre motivation à le faire ? » Une note basse renvoie aux étapes précédentes — mieux vaut un petit pas certain qu'un grand plan auquel la personne ne croit pas.

Quand l'utiliser

  • Entretiens individuels de développement : faire progresser un collaborateur compétent qui bute sur une situation qu'il peut résoudre lui-même.
  • Préparation d'une échéance (prise de poste, présentation importante, négociation) où la personne a besoin de clarifier sa stratégie, pas de recevoir la vôtre.
  • Managers qui veulent sortir du réflexe « apporter la solution » et développer l'autonomie de leur équipe entretien après entretien.

Limites à connaître

  • Inadapté quand la personne manque simplement de savoir-faire : face à un déficit de compétence, il faut former ou montrer, pas questionner — coacher l'ignorance produit de la frustration.
  • Contre-indiqué en urgence opérationnelle ou en situation disciplinaire : ces contextes appellent une direction claire, pas une exploration ouverte.
  • Dévoyé si le manager pose des questions orientées pour amener la personne à SA conclusion : ce faux coaching se repère vite et détruit la confiance qu'il prétend construire.

Exemple concret

Une responsable d'agence bancaire reçoit en entretien mensuel un conseiller expérimenté qui souhaite évoluer vers un poste de gestion de patrimoine mais repousse sa candidature depuis un an.

Goal : « Qu'est-ce que vous voulez au juste ? » — il veut candidater à la prochaine ouverture de poste, dans quatre mois, en se sentant légitime. Reality : l'exploration révèle qu'il maîtrise le métier mais n'a jamais présenté de dossier devant un comité, ce qui cristallise sa peur. Il a déjà animé des réunions clients complexes — un acquis qu'il ne comptait pas. Options : il liste cinq pistes, de la formation certifiante au mentorat par la gestionnaire en poste, en passant par la co-animation de deux comités d'ici l'été. Will : il s'engage sur deux actions datées — solliciter le mentorat cette semaine, co-animer le comité de mars — avec une motivation qu'il évalue à 8/10. La responsable n'a donné aucun conseil : elle a posé quatorze questions. Quatre mois plus tard, il candidate et obtient le poste.

Questions fréquentes

Qui a créé le modèle GROW ?

Le modèle a émergé dans les années 1980 au sein du courant du coaching de performance britannique, autour de Sir John Whitmore, Graham Alexander et Alan Fine. C'est le livre de Whitmore, « Coaching for Performance » (1992), qui l'a popularisé mondialement et en a fait la trame de coaching la plus enseignée.

Faut-il être coach certifié pour utiliser GROW ?

Non — le modèle a justement été conçu pour outiller les managers dans leurs entretiens quotidiens. En revanche, il demande une vraie discipline d'écoute : poser des questions ouvertes, laisser des silences, ne pas souffler la réponse. Les certifications de coaching approfondissent la posture, mais la trame elle-même s'apprend en pratiquant.

Combien de temps dure un entretien GROW ?

De vingt minutes à une heure selon l'enjeu. La trame n'est pas linéaire : on revient souvent au Goal après avoir exploré la réalité, car l'objectif initial se reformule. L'erreur classique est de passer 80 % du temps sur le problème (Reality) et d'expédier les Options et le Will — la valeur de l'entretien se joue dans la seconde moitié.

Comment valoriser la pratique du coaching GROW sur un CV de manager ?

Par les résultats de développement de votre équipe : « Entretiens mensuels de coaching (trame GROW) — 3 promotions internes en 2 ans, autonomie de l'équipe mesurée par la baisse des escalades ». En entretien d'embauche, attendez-vous à un jeu de rôle ou à la question « racontez-moi un collaborateur que vous avez fait grandir » : un cas GROW réel, avec la progression observée, y répond parfaitement.

Sources