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ROE et ROI : les deux ratios de rentabilité à maîtriser

Le ROE (Return on Equity) mesure la rentabilité des capitaux propres : résultat net divisé par capitaux propres. Le ROI (Return on Investment) mesure le rendement d'un investissement : gain net divisé par montant investi. Le premier évalue une entreprise du point de vue de l'actionnaire ; le second compare des projets entre eux, quel que soit leur financement.

Comment ça marche, étape par étape

1. Calculer le ROE proprement

ROE = résultat net / capitaux propres. Pour lisser les à-coups, rapportez le résultat de l'exercice à la moyenne des capitaux propres d'ouverture et de clôture, et neutralisez les éléments exceptionnels (plus-value de cession, dépréciation massive) qui ne reflètent pas la rentabilité récurrente. Un ROE calculé sur un résultat gonflé par un one-off ne dit rien de la performance durable.

2. Calculer le ROI d'un projet

ROI = (gains générés − coût de l'investissement) / coût de l'investissement. Le point délicat n'est pas la division mais le périmètre : incluez le coût complet (achat, installation, formation, maintenance) et des gains réellement attribuables au projet, sur un horizon explicite. Un ROI annoncé sans horizon (15 % sur un an ou sur cinq ans ?) est ininterprétable.

3. Comparer à un référentiel pertinent

Un ratio isolé ne dit rien. Comparez le ROE aux concurrents du même secteur et au coût des fonds propres exigé par les actionnaires : un ROE de 9 % est bon dans la distribution alimentaire, décevant dans le logiciel. Pour le ROI, la référence naturelle est le coût du capital de l'entreprise : un projet qui rapporte moins que ce que coûtent les fonds détruit de la valeur.

4. Décomposer pour comprendre (analyse Du Pont)

ROE = marge nette × rotation de l'actif × levier financier. Cette décomposition dite Du Pont révèle D'OÙ vient la rentabilité : des prix (marge), de l'intensité d'utilisation des actifs (rotation) ou de l'endettement (levier). Deux entreprises au même ROE peuvent avoir des profils de risque radicalement différents — c'est la décomposition qui le montre.

Quand l'utiliser

  • Analyse d'une entreprise (investissement, crédit, audit) : le ROE synthétise la performance servie aux actionnaires.
  • Arbitrage entre projets internes : le ROI classe des initiatives hétérogènes (machine, campagne, logiciel) sur une base commune.
  • Construction d'un dossier de financement : banquiers et investisseurs demandent ces ratios — mieux vaut les présenter décomposés et comparés au secteur.

Limites à connaître

  • Le ROE est mécaniquement gonflé par la dette : à activité identique, plus de levier = plus de ROE, mais aussi plus de risque. Lisez-le toujours avec la structure financière (voir l'effet de levier).
  • Le ROI dépend entièrement des gains que l'on accepte de compter : des « économies » théoriques non vérifiées fabriquent des ROI flatteurs et faux.
  • Ce sont des ratios comptables, pas des flux de trésorerie : ils ignorent le calendrier des encaissements, contrairement à une approche par les flux actualisés.

Exemple concret

Une PME de mécanique de précision dégage 240 k€ de résultat net pour 1,6 M€ de capitaux propres, et hésite à acheter une machine de 200 k€.

Le ROE ressort à 240 / 1 600 = 15 %, dans la fourchette haute du secteur : l'entreprise rémunère bien ses fonds propres. Pour la machine, le chiffrage retient 30 k€ d'économies nettes annuelles vérifiables (heures de reprise en moins, rebuts réduits), soit un ROI de 15 % par an — supérieur au coût du capital de l'entreprise (environ 9 %). Le projet est validé, avec un suivi des économies réelles à 12 mois pour confronter le ROI promis au ROI constaté.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre ROE et ROI ?

Le ROE rapporte le résultat net aux capitaux propres : il mesure ce que l'entreprise rapporte à ses actionnaires, et dépend donc de la structure de financement. Le ROI rapporte le gain d'un investissement à son coût : il évalue un projet indépendamment de qui le finance. On analyse une société avec le ROE, on arbitre des projets avec le ROI.

Qu'est-ce qu'un bon ROE ?

Il n'y a pas de norme universelle : la référence est double — les concurrents du même secteur, et le coût des fonds propres exigé par les investisseurs (souvent 8 à 12 % pour une entreprise établie). Un ROE durablement supérieur à ce coût crée de la valeur ; un ROE très élevé mérite d'être décomposé, car il peut venir d'un endettement agressif.

Quelle différence entre ROE et rentabilité économique ?

La rentabilité économique rapporte le résultat d'exploitation après impôt à l'actif économique (immobilisations + besoin en fonds de roulement) : elle mesure la performance de l'outil industriel, avant effet du financement. Le ROE, lui, intègre l'effet de la dette. L'écart entre les deux, c'est précisément l'effet de levier.

Comment valoriser le ROE et le ROI sur un CV finance ?

Par des réalisations chiffrées où le ratio est le résultat, pas le mot-clé : « business cases d'investissement (12 dossiers/an, ROI cible > coût du capital, suivi des gains réels à 12 mois) » ou « analyse de rentabilité par décomposition Du Pont présentée au comité de direction ». En entretien, sachez expliquer pourquoi un ROE élevé n'est pas toujours une bonne nouvelle.

Sources